Chutes de cuir, la renaissance

Curve Chameleon Table avec son plateau en cuir recyclé disponible dans quinze couleurs et finitions, LindDNA, 199€ prix boutique conseillé.

La durabilité occupe une place croissante dans les motivations du consommateur. Vitrine de l’art de vivre, le salon Maison&Objet expose des marques responsables de plus en plus nombreuses. Bandit Manchot, Atelier Gaston, LindDNA et Vacavaliente prônent une logique renouvelable en prenant les chutes de cuir en main.

Le cuir a beau être la plus ancienne entreprise de recyclage de l’humanité, la gestion de ses chutes, provenant de la production, interpelle la profession. Plus généralement, nombre de marques et de créateurs militent en faveur de la récupération, de la transformation de la matière et de sa valorisation en fin de vie. Le concept-store parisien Merci a consacré l’une de ses dernières expositions thématiques au surcyclage, ou upcycling. Installées sur l’hexagone ou venues d’Europe du Nord et d’Amérique du Sud, quatre marques « vertes » d’accessoires et de décoration ont choisi de présenter leurs collections durables sur le salon de Villepinte. Chez elles, création et écoconception servent une même cause vertueuse.

Three porter pots crayons Bandit Manchot
Pots à crayons Three-porteur, made in France, Bandit Manchot, 39€ prix boutique conseillé.

Bandit Manchot, le luxe raisonné

Tout est parti d’une carte postale, ludique et à message, en cuir de toutes les couleurs. Le mono-produit « gravé » séduit dès 2010. Le Bon Marché, le Centre Pompidou le référencent aussitôt. L’originalité du produit compte alors plus que le process. Mais pour les fondatrices de Bandit Manchot, issues de la maroquinerie, de la mode, des arts décoratifs, il s’agit de « sauver de l’oubli » les peaux uniques qui dorment dans les ateliers ou les stocks des marques. « Nous sommes en perpétuelle recherche de cuirs inutilisés, affirme Anne Duquesnoy. Les cuirs de nos collections proviennent d’échantillons, de chutes, de surplus… Nous les récupérons à l’aveugle ». Ils sont ensuite soigneusement classés par couleur. C’est une étape capitale car chaque accessoire est une pièce unique, combinant couleurs et types de cuirs à l’infini. La pochette compartimentée, fermée par un élastique, est le best-seller. Son nom ? Les Siamoises. La collection s’est, depuis, étoffée au fil des saisons : trousses, contenants souples à pressionner (le « three-porteur »), petite maroquinerie, marque-page, cabas, béret et chaussons à enfiler cette saison… Fabriqués à Graulhet, ils tiennent tous leurs promesses : faciles à vivre, abordables, eco-friendly.

Triple trousse cuirs upcyclés Bandit Manchot
Triple trousse zippée, élastiquée en cuirs upcyclés, Bandit Manchot, 40€ prix boutique conseillé.

Atelier Gaston repense l’usage

Produire localement des accessoires malins en revalorisant des chutes de cuir sourcées dans des maisons de luxe parisiennes, tel est le fil conducteur d’Atelier Gaston. À peine lancé par crowfunding, Atelier Gaston s’est fait remarquer par la FNAC avant d’enchaîner avec son premier salon professionnel. Les débuts sont prometteurs pour cette start-up qui ambitionne d’être la première marque écoresponsable d’accessoires pour smartphones. Le trio féminin aux commandes a pris le temps de mûrir son projet. « Vingt millions de mobiles sont vendus chaque année et les accessoires high tech sont majoritairement produits en plastique très loin », précise Julie Le Calonnec après des années passées dans les télécommunications. À ses côtés, Gaëlle Coche – vingt ans d’expérience chez Hermès – apporte son expertise en sellerie maroquinerie pour former les artisans. La Directrice Artistique Emma Huon s’est chargée de construire une collection urbaine, nomade, colorée, à prix accessibles. Une poignée de produits la composent, parmi lesquels la coque pour IPhone Noémie et l’étui Anatole pour câble et earPods en forme de berlingot. Baptisé Marie-Louise, le porte clé pompon muni d’un câble chargeur USB en kevlar est l‘accessoire 2 en 1 par excellence. Sa version plus masculine Léonard est rectangulaire et plate comme une étiquette de bagage. Chaque produit, utile au quotidien, est doublé en contraste d’un cuir récupéré à partir de ses propres chutes. Six couleurs sont disponibles – jaune, orange, rouge, bleu, rose, noir – déclinées en chèvre, taurillon, vache… « L’idéal, poursuit Julie le Calonnec, serait de se fournir chez des tanneurs français et de fabriquer dans l’hexagone ». À bon entendeur…

LindDNA ou le recyclage à la danoise

Preben Lind prête son nom à la marque qu’il fonde en 2013. La même année, le set de table Curve en cuir recyclé rencontre son premier succès à Francfort. Le respect de la nature fait partie intégrante de LindDNA. Pour fabriquer artisanalement, localement, ses produits de décoration d’intérieur, la marque basée à Aarhus recycle les chutes de cuir venant de sacs, chaussures, mobilier… La matière est alors broyée, pressée, mélangée avec 20% de latex naturel. Une fois reconditionnée, elle brouille la perception en multipliant les formes et les effets visuels, du plus lisse au plus grainé, à l’image du croco. Le matériau développé par LindDNA a tout pour séduire le consommateur : lavable, hydrofuge, résistant à la chaleur tout en gardant la noblesse et la durabilité du cuir. La couleur, elle, se démultiplie au fil des tendances : marron, curry après le vert olive ou le rose strawberry… À l’art de la table s’ajoutent désormais des objets de décoration, de rangement (porte-revues, étagères…) et dernier-né, du mobilier très bien accueilli, où le cuir se combine au bois ou à l’acier. Telles la Pick Up Table nomade et la table Curve, astucieuse avec son plateau souple, amovible, réversible, en cuir disponible dans un large choix de coloris et de finitions. La marque danoise est distribuée dans une trentaine de pays. Son engagement écoresponsable allié à un minimalisme fonctionnel très actuel n’a pas fini de séduire…

Monstera Leaf LindDNA
Monstera Leaf invite la table au mix&match, LindDNA, 19,90€ prix boutique conseillé.

Vacavaliente, un lifestyle performant

« Vache courageuse », c’est la traduction de Vacavaliente, marque née à Buenos Aires en 2006. L’industrie du cuir est une tradition en Argentine. Pour le fondateur Matias Fernandez Moores, il s’agit d’insuffler « de la modernité, en valorisant le recyclage, le design, la légèreté… ». La collection fabriquée à la main donne vie aux chutes de cuir issues de l’industrie mégissière locale. Comme chez LindDNA, la matière est ensuite broyée pour être transformée. Mais les produits sont plutôt de petits objets dédiés à la maison : accessoires de bureau ou de voyage, étuis à lunettes et papeterie… Vacavaliente a fait ses débuts en créant des accessoires colorés et ludiques pour ranger le bureau. Premier de la famille baptisée « Les amis », le kangourou. Ont suivi le lézard, la coccinelle, l’escargot… La marque argentine, distribuée entre autres dans les boutiques de musée et chez The Conran Shop, continue de se diversifier. L’Urban Collection investit la maroquinerie. Pour rester créative et innovante, Vacavaliente sollicite des designers internationaux : l’Italienne Paola Navone, le New Yorkais Harry Allen, l’Argentin Cristian Mohaded… Le label BCorp (Benefit Corporation) certifie l’impact positif de l’entreprise.

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Rédaction Nadine Guérin

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