L’éclectisme de Louboutin : du salon anglais au pop corridor
La pièce suivante étonne par ses allures de salon anglais saturé de papiers peints, de meubles et de bibelots. Christian Louboutin a ici souhaité se jouer de l’art décoratif et de l’ornement pour montrer « combien l’idée que l’on se fait du soulier se pétrit de projections et de suggestions souvent très loin de la réalité ». Il en donne un exemple précis : si les « spikes » (souliers en cuir recouverts de pointes ou de clous inversés) ont pour lui toujours évoqué la « Haute époque » (soit la période allant du Moyen Âge au début du XVIIe siècle), la projection fantasmée et la suggestion que nous en avons aujourd’hui tendent à leur donner une connotation très différente, généralement empreinte de sexualité, de domination voire de sadomasochisme. La vision initiale de ces souliers s’en trouve par conséquent complètement détournée. Le visiteur se dirige ensuite vers le Théâtre bhoutanais aux colonnes de bois sculptées et peintes selon les techniques ancestrales utilisées pour les temples et les monastères du pays. On y découvre une scène accueillant les hologrammes de l’effeuilleuse Dita von Teese et de l’équilibriste du ballon Iya Traoré, ainsi que de nombreuses créations et commandes spéciales. Christian Louboutin, qui a débuté comme stagiaire aux Folies Bergères, témoigne ici de son amour pour les arts du spectacle au sens large : cinéma, théâtre, cabaret, music-hall, cirque… jusqu’au monde des sportifs et des athlètes !
Cette proximité avec les artistes de toutes cultures et de toutes disciplines se retrouve également dans le « Pop corridor ». Véritable « passage entre deux mondes », cet espace met en évidence les liens forts qui existent entre Christian Louboutin et le monde du spectacle. Portraits de personnalités amies du créateur (Naomi Campbell, Lady Gaga, Rihanna ou encore Mika, qui est à l’origine de la première collection pour hommes de la maison Louboutin en 2009), couvertures de magazines, extraits d’émissions télévisées et clips musicaux témoignent du rôle joué par les créations de Christian Louboutin en tant que vecteur de la culture populaire. Parmi ces nombreuses collaborations figure celle avec le photographe et réalisateur américain David Lynch, dévoilée au public pour la première fois en 2007. Cet ensemble, qui occupe une place à part dans l’exposition, se compose de souliers « imaginés pour ne pas marcher » (semelles en voile, talons siamois…) et de photographies de ces derniers dans une mise en scène charnelle. Le soulier devient alors un « objet sans usage que la valeur artistique transforme en objet d’art ou en sculpture ».
L’exposition s’achève par le Musée imaginaire de Christian Louboutin, véritable hommage aux artistes et aux œuvres qui l’accompagnent depuis son adolescence et qui ne cessent de l’inspirer. Ce « lieu de tous les possibles, ancré dans le présent et tourné vers l’avenir », témoigne, s’il le fallait encore, de l’incroyable curiosité et de l’extrême sensibilité de Christian Louboutin à toutes les cultures, sans hiérarchie ni distinction d’aucune sorte.
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