Archétype(s), tendances cuir Automne-Hiver 2025-26
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Ses collections, à la croisée du design d’objet, de la création textile et de la maroquinerie, donnent à Audrey Bigouin une place à part. La designer est spécialisée dans les matières souples. Elle affectionne le cuir et crée des structures 3D sur mesure. Après le salon Première Vision, où elle faisait partie des Maisons d’Exception, elle participera au salon Révélations en mai à Paris.
Pour cette native du Sud-Ouest, grandir dans la région de Graulhet n’est pas anodin ! « Je devais être prédisposée à travailler le cuir », précise-t-elle. J’ai rapidement eu envie d’apprendre et de me perfectionner ». Son diplôme de l’École Supérieure d’Art et de Design (ESAD) Reims en poche, elle s’initie au savoir-faire maroquinier et enchaîne CAP Maroquinerie et Broderie. La maison Cartier lui ouvre les portes de la mode et du luxe. Elle y dessine sacs, petite maroquinerie et s’implique dans la recherche des matières. Une orientation décisive qui la conduira à l’entrepreneuriat à travers l’expérimentation. Audey B.Studio voit le jour en 2021. « Dans mon studio, je veux proposer de nouveaux effets visuels et tactiles. Les différentes techniques sont des terrains de jeux. Créer une matière au studio commence toujours avec le papier. Je cherche comment les éléments se relient entre eux, s’entrecroisent », explique-t-elle. Les reliefs, les volumes se construisent alors comme les pièces d’un puzzle ou à la manière d’un origami. Car Audrey Bigouin plie, brode, tresse ou encore découpe… Les systèmes souples qu’elle met au point sont tous tridimensionnels et résolument atypiques.
La designer manipule différentes matières premières. Le bois, le papier, la céramique, sans oublier le cuir, « le premier que j’ai utilisé, souligne-t-elle. J’aime son caractère chaleureux, sa versatilité. La fermeté du cuir de chèvre, par exemple, se prête bien aux motifs. Les cuirs lisses aussi, de manière générale, conviennent à mon approche graphique. En fait, je trouve assez naturel de passer du papier au cuir ». Les résultats sont multifacettes : tressage polychrome façon pixel, fleur de camélia traitée en bas-relief ou encore « Pop Structure » au volume vaporeux, « inspiré par l’écume des vagues géantes de Nazaré ». La nature est pour la créatrice une source d’inspiration inépuisable, spécialement « les structures organisées, à la fois ingénieuses et poétiques ». Bien souvent, ce sont elles qui lui donnent l’idée d’assemblages inédits et astucieux. La combinaison du cuir et de la céramique est un exemple de mariage heureux. Comme pour ce système souple dont la plasticienne Élodie Elsenberger a développé des perles en céramique. « Le cuir, avec sa surface dure et souple à la fois, ondule, dit Audrey Bigouin. La céramique, au contraire, est froide et brillante. À la lumière, elle révèle tout son éclat. »
Le process de production – dont l’assemblage est le fil conducteur – est pour elle un moteur créatif tout puissant. Depuis ses débuts, Audrey Bigouin a les sens en éveil et s’engage sur diverses pistes expérimentales. En 2021, elle a, par exemple, développé une collection de fils valorisant les laines françaises tracées depuis les élevages. L’association de filière Lainamac lui a ainsi permis de participer au workshop « Felt Playground » à Boisbuchet, en collaboration avec la Cité Internationale de la Tapisserie d’Aubusson. Son regard se porte instinctivement sur les ressources existantes. Au quotidien, elle transforme volontiers chutes brodées au crochet de Lunéville et rebuts de cuir en matières premières désirables. Sa pratique, qui réunit artisanat et design, lui a permis d’intégrer les Ateliers de Paris, incubateur du Bureau de Design, de la Mode, des Métiers d’Art (BDMMA) en 2023. Elle y a notamment exposé une corbeille à fruits tressée en fils de soie et un textile floral avec un fabricant de futons, dans le cadre du programme « Edo Tokyo Kirari », associant designers français et manufactures japonaises. Les Rendez-Vous de la Matière – salon prisé des décorateurs d’intérieur – a été l’occasion d’exposer une marqueterie de cuir en volume, réalisée en collaboration avec l’ornemaniste Lucille Boitelle. La rigueur géométrique mais aussi un ton joyeux caractérisent la designer. « On me demande des projets atypiques », observe-t-elle. Ce fut le cas du Belge Delvaux, le plus ancien maroquinier de luxe. Pour lui, elle a décliné trois versions exclusives d’un petit sac seau, à base incurvée, le Pin mini Bucket, dévoilé lors de la dernière Paris Fashion Week. « Delvaux avait été intéressé par mes tressages visuels et techniques, à la fois. Il fallait intégrer un cuir box avec un matériau high-tech, l’e-paper développé par l’entreprise EInk. L’intérieur se devait d’être aussi parfait que l’extérieur. » Pari réussi ! D’autres défis l’attendent. « Lorsque je travaille à la création d’un échantillon, dit-elle, je ne m’arrête pas à son application. Tout est possible. » Les projets en cours – claustra, miroir, luminaire – l’orientent pour le moment vers la décoration d’intérieur. Mais les maisons de luxe n’ont pas dit leur dernier mot…
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Rédaction Nadine Guérin
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