5 acteurs clés
du « made in Porto »

La région de la ville de Porto est un berceau très actif de l’industrie du cuir, et de la chaussure en particulier. Elle concentre depuis six décennies la moitié des fabricants du secteur. Entre vignes et collines, rencontre avec cinq acteurs majeurs : la fédération Apicapps et trois de ses entreprises membres – Bolflex, Ambitious, Belcinto – sans oublier le Centre Technologique de la Chaussure Portugaise.

Son savoir-faire dans le secteur du cuir et des coûts salariaux attractifs ont fait du Portugal un pays producteur qui compte. Repetto, Pierre Hardy, Isabel Marant, Chloé, Loewe sont quelques marques parmi d’autres qui ont trouvé sur la péninsule ibérique des partenaires très fiables. Du luxe à la grande distribution, un grand nombre de collections voient le jour au Nord-Est du Portugal, à proximité des grands marchés européens. Spécialement la France, principal destinataire des exportations de chaussures portugaises (395 millions d’euros). Ateliers et usines optimisent leur activité de sous-traitance et misent sur la flexibilité pour accroître leur compétitivité.

Un élan à la production de chaussures

Luis Onofre a été nommé en 2019 à la tête de la Confédération Européenne de l’Industrie de la Chaussure (CEC). Le chausseur, qui a créé sa marque en 1999 et fabrique entre autres pour H&M ou Sézane, dirige depuis 2017 Apicapps (Portuguese Footwear Components Leather Goods Manufacturer’s Association). L’organisme professionnel, basé à Porto, existe depuis 1975 et fédère 700 membres. Son rôle ? Valoriser l’image et la performance de la chaussure et des articles en cuir fabriqués au Portugal. Le président en est convaincu. « Le marché international de la chaussure est en pleine mutation. La concurrence hors Europe est plus agressive et le e-commerce exerce un impact croissant. Mais notre industrie possède un riche héritage et est capable de relever de nouveaux défis. » Les chiffres parlent pour lui. Les exportations ont progressé de plus de 50% entre 2010 et 2017. En 2018, avec 84 millions de paires, le pays a enregistré son niveau d’exportations le plus élevé en quinze ans. La France, elle, conforte sa place de marché prioritaire depuis neuf ans. Les 40 000 salariés des quelque 1 400 entreprises réparties sur le territoire doivent pour autant accompagner les évolutions de leur secteur. Si quatre chaussures sur cinq produites au Portugal sont en cuir, le renouveau de la sneaker a profondément transformé le process de fabrication. Au Centre Technologique de la Chaussure Portugaise (CTCP), situé à São João da Madeira, son Directeur Leandro Melo observe deux attentes majeures en matière de cuir. « Marques et consommateurs demandent un matériau plus écoresponsable mais aussi des finitions plus diversifiées. Le confort demeure essentiel. » Il souligne par ailleurs le besoin pour l’industrie portugaise de moderniser son image afin d’attirer les jeunes. « Notre rôle est d’aider les entreprises nationales à produire. » La formation Shoe FabLab cible ainsi de jeunes entrepreneurs en demande d’apprentissage technique. Un tremplin pour prendre son indépendance et lancer sa propre marque. Une vingtaine sont nées en 2018. Au Portugal, les entreprises locales, familiales pour la plupart, sont de plus en plus nombreuses à mener de front le développement de leur marque et la production en private label.

Bolflex, du moule au recyclage

Pas de chaussure sans semelle… C’est un composant essentiel que le Portugal a complètement intégré dans sa chaîne de production. Bolflex, basé à Felgueiras depuis 29 ans, est un spécialiste qui en fabrique chaque jour 20 000 paires. « Le Portugal est un petit pays, précise Pedro Saraiva, Directeur Commercial. L’export représente 25% et peut atteindre jusqu’à 40% pour le développement de semelles d’un grand nombre de marques internationales. Certains de nos clients apportent leurs propres moules mais la plupart sont fabriqués sur place. » La réalisation de ces « plaques » d’aluminium aux mesures du client est un atout de Bolflex. « Chaque moule pèse entre 15 et 20 kilos et est utilisé en moyenne pendant trois ans », ajoute Pedro Saraiva. Autre avantage, le bureau d’étude très apprécié des petites marques. « Un petit d’aujourd’hui peut être un grand demain », poursuit-il. Le minima exigé pour être fabriqué par Bolflex est relativement accessible (250 paires par couleur). Le recyclage, par ailleurs, fait partie intégrante de l’entreprise de 135 employés. À côté des semelles en hévéa du Brésil ou de Corée, Bolflex produit de plus en plus de semelles recyclées. Un investissement de 500 000 euros a permis de développer, entre autres, des machines à injection de caoutchouc permettant d’optimiser ainsi la gestion des déchets sur le site. Un matériau exclusif, léger, waterproof, recyclable, baptisé B-Light, a aussi été mis au point. Il compose les accessoires ludiques de la marque Pooch, dernièrement créée par le groupe mais aussi les dalles des jardins d’enfants ou les sols de gymnases… « Il faut se diversifier », assure Pedro Saraiva, qui mise sur la croissance durable et l’innovation pour attirer de nouveaux clients. Un projet de recyclage de déchets en cuir est également à l’étude. Nous recevons la visite de beaucoup d’acheteurs étrangers. La semelle pour chaussure de ville a été très vendue. Aujourd’hui, c’est la sneaker qui prime ». Pour diversifier un produit en vogue et donner des idées, le showroom spacieux regroupe les deux collections annuelles « maison » – dont une trentaine de nouveautés en moyenne – et les dernières semelles innovantes à base de liège, marc de café, bois, fleurs, textile…

Ambitious, pointure de la sneaker premium

Le site industriel d’Ambitious et du groupe Selita – fondé il y a 26 ans – est implanté à Guimares, près de Felgueiras. Près de 2 000 paires de chaussures sont produites chaque jour à destination de 26 pays dans le monde. « Le marché est toujours dominé par la sneaker », observe Miro Teixeira, Directeur de la Communication en charge du private label. « On doit s’adapter à tous les styles, mode, sportif, minimaliste, exubérant… Paul Smith, Massimo Dutti, Bogner font partie de nos clients. La France est notre deuxième marché après l’Italie pour le private label. Les quantités dépendent des conditions : 1 000 paires minimum s’il s’agit d’un développement en interne à partir du dessin ou de l’idée d’un client et 250 paires par article et par couleur pour « adapter » l’un de nos modèles. » Et d’ajouter : « Nos clients chausseurs achètent avant tout un prix. Le client du prêt-à-porter a une vision plus « pointue » de la création. » Les collections urbaines du fabricant montrent en effet aux donneurs d’ordre l’étendue des savoir-faire des 170 salariés, dont la moyenne d’âge n’excède pas 40 ans. La fabrication s’inscrit à la croisée de l’artisanal et de l’industriel. Le cuir provient du Portugal, d’Espagne ou d’Italie et les semelles sont d’origine Italie et Portugal. Le fabricant, attaché au confort et à la légèreté, a réussi sa diversification de la chaussure de ville à la sneaker. En 2008, il a lancé la marque masculine Ambitious, distribuée dans une cinquantaine de points de vente en France.

Belcinto au service du cuir

Basé à Sao Joao de Madeira, le façonnier Belcinto a lui aussi créé sa marque éponyme masculine. La fabrication d’articles en cuir est la spécialité de l’atelier depuis sa naissance en 1961. Ceintures tressées et chapeaux complètent son activité principale, la maroquinerie. La production en private label est largement dominante (90%). « Les marques de luxe françaises représentent 60% », précise Ana Maria Vasconcelos, à la tête de la PME familiale de 70 employés. Le minimum exigé de 100 pièces par modèle lui permet de convaincre aussi bien de jeunes marques créateurs que le segment moyen/haut de gamme également enclin aux petites séries. La qualité de la matière première de provenance européenne est un critère de choix déterminant. Le cuir vient d’Italie, du Portugal mais aussi de Belgique (Masure) ou de France (Tanneries du Puy)… Griffés Belcinto, les sacs, bagages, portefeuilles ou porte-clés, en cuir naturel, affichent une élégance authentique et intemporelle.

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Rédaction Nadine Guérin
Photos © Bernard Vainchtein

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