Le cuir de lapin :
smart transformation !

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Cortadoria Nacional de Pêlo a entamé un nouveau chapitre dans son histoire avec la création d’une tannerie, la première au monde à fournir du cuir (et non de la fourrure) de lapin.

Il faut remonter aux années 40 pour saisir toute la trame de l’histoire de Cortadoria Nacional de Pêlo. L’usine portugaise s’est consacrée à la préparation de fibres, principalement de lapin, pour la fabrication de textiles feutrés. Bien décidée à exploiter toutes les arcanes de son métier ultra spécialisé, elle a entamé un nouveau chapitre, avec la création d’une tannerie, la première au monde à fournir du cuir (et non de la fourrure) de lapin.
Valoriser les coproduits de l’industrie alimentaire n’est pas une idée nouvelle. C’est depuis son origine, le cœur d’activité de Cortadoria Nacional de Pêlo. Mais on n’invente pas une typologie de cuir jusqu’ici inexplorée comme on sort un lapin du chapeau. Alors comment cette manufacture portugaise a-t-elle dessiné une structure connexe autour du feutre ? Explications.

Innovation

Rouges, bleus, jaunes… lisses et douces comme l’agneau ou grainées comme du veau… quelques peausseries passent délicatement des mains de Nuno Oliveira Figueiredo à celles de Cyril Ponsignon. À bien les observer, seule la taille ou la morphologie de l’animal qui circonscrit leurs contours permettrait à un novice d’en déterminer la nature. Encore quelques efforts de finitions et le premier cuir de lapin passera à l’étape de commercialisation. Des années d’expérience ont rapproché les deux experts autour de ce projet initié en 2011 avec pour ambition de valoriser les peaux de lapins jusqu’ici inexploitées – pour ne pas dire inexploitables – par Cortadoria. « Pour ôter le poil on découpait la peau en bandes étroites. On appelle cela vermicelli ! comme les pâtes vermicelle », se souvient Cyril Ponsignon, consultant dans le domaine, venu apporter sa pierre à l’édifice. Et non des moindres, une tannerie ! Le stratagème pour contourner leur problématique s’est révélé diablement efficace : la quantité, le poids et la qualité des poils s’en trouvent optimisés alors même que la peau est intacte. Deux ans que la méthode douce fait ses preuves afin d’opérer la bascule progressivement vers ce nouveau process emprunté au tannage (étapes humide, sèche et finissage). « Tout d’abord, on nettoie les peaux avec leur pelage dans de grands foulons contenant de l’eau, puis l’opération chimique va favoriser leur dilatation et du même coup ouvrir les pores pour libérer les poils tout seuls sous l’effet de la rotation mécanique ». Ensuite, il s’agit de récupérer, sécher et séparer les eaux des poils. In fine, on se retrouve d’un côté avec la fourrure, de l’autre avec la peau et chacun part dans son circuit », précise-t-il. Vous l’aurez compris, ici on ne fait pas que du cuir ! La nouvelle entreprise s’est déployée telle une ramification d’un réseau tripartite où chacun joue sa propre partition.

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Ultra résistant, exempt de métaux et de petite dimension, le cuir de lapin cumule des arguments de taille pour répondre aux exigences du marché du bracelet-montre.

Fondation

Cortadoria, c’est aujourd’hui 10 millions d’euros de chiffres d’affaires, 120 employés (dont 10 dédiés à la tannerie) et une double expertise métier. Le poil de lapin, matériau phare qui a positionné la société au rang de leader mondial, est au centre d’une relation business familiale. Gérée par Nuno Oliveira Figueiredo, Cortadoria Nacional de Pêlo fournit la société Fepsa. Aux commandes, son frère Ricardo dirige 300 employés qui perpétuent la tradition du chapeau en feutre. En plein essor au début du siècle dernier, presque enterrée en fin de millénaire, l’industrie de la chapellerie a passé le cap d’un produit de grande diffusion à celui de niche. Fortement ancrée sur le segment identitaire, qui génère l’essentiel du chiffre d’affaires de Fepsa (20 millions d’euros), elle est loin d’avoir tiré sa révérence. Arboré de tout temps par de nombreuses communautés et corps de métiers, le chapeau véhicule un style de vie, une personnalité, bien au-delà de sa fonction utilitaire et des figures imposées. Commencé chez Cortadoria, le processus de fabrication de l’accessoire se poursuit chez Fepsa, qui coupe la feutrine et réalise un premier volume. Charge aux clients, parmi lesquels des maisons de mode, d’en finaliser la forme. Finalement, c’est en quelque sorte la notion d’économie circulaire et la propension à se réinventer qui ont forgé cette épopée entrepreneuriale. « On s’est posé beaucoup de questions sur notre évolution, comment innover tout en tirant le potentiel du Portugal en matière de textile et de cuir. Depuis le départ on utilise un coproduit de l’industrie agroalimentaire et tout le travail de durabilité qui a été mené sur la fourrure est valable sur la peau puisque de même origine », insiste Nuno Oliveira Figueiredo, certification cradle to cradle à l’appui (niveau gold). Innocuité, traçabilité, bien-être animal, questions RSE… la stratégie d’intégration hybride répond à un cahier des charges ambitieux.

Excitation

Remontons à la source. La Suisse et la Belgique encadrent l’élevage de lapins avec des législations plus strictes que la plupart de leurs voisins. Les animaux y grandissent dans des cages plus spacieuses (entre 3,4 et 9,3m²) ou des parcs garantissant ainsi un certain standard de bien-être. Très impliquée sur la question de la traçabilité, Cortadoria l’est tout autant au niveau de la performance produit. Pas question de rater son entrée sur le marché de l’horlogerie avec tout le potentiel que représente l’habillage des bracelets de montres. Pour l’heure, les tests de résistance aux frottements, à la transpiration et à l’eau réalisés par l’institut du cuir portugais se sont révélés positifs. Encourageant, mais insuffisant aux yeux de Nuno Oliveira Figueiredo qui compte sur le crédit d’un autre maillon de la chaîne : l’AQC, association helvétique référente quant à la conformité des matériaux utilisés dans le cadre de la fabrication des bracelets en cuir. Ultra résistant, exempt de métaux, le cuir de lapin cumule des arguments de taille. Prise à rebrousse-poil, sa dimension n’est plus perçue comme une faille. Au contraire, manipuler et remiser des petites peaux s’en trouvera allègrement facilité. Naturellement fines, (0,7-0,8mm), elles n’auront pas à passer par l’étape refente, au grand dam des précieuses en alligator ! Convaincu, Cyril Ponsignon présente un autre échantillon suédé (poncé côté chair) qui s’apparente à s’y méprendre à une chamoisine, d’une extrême douceur. « La tannerie pratique la teinture au foulon, sans finitions, donc si vous le lavez, la couleur ne dégorge pas. On pourrait imaginer rapiécer des morceaux en un patchwork pour faire une tunique à porter à même la peau. Comme pour le tannage (NDLR – base wet white), on voulait s’assurer que le finissage soit exempt de métaux, et la gamme Neo de Stahl nous apporte cette garantie », ajoute-t-il. Prochaine étape ? La commercialisation, avec une vitrine au salon Première Vision.

La certification cradle to cradle en bref

Le standard C2C (traduisez du berceau au berceau en français) homologue les produits sur toute la chaîne de valeurs : innocuité envers les hommes et l’environnement, intégration de la fin de vie dès la phase de conception (recyclage, compostage…), fabrication avec des énergies renouvelables, la gestion et le retraitement des eaux et la RSE. Née en 1995, la certification internationale intervient au niveau global, c’est-à-dire dans tous les secteurs avec cinq stades d’évaluation, du plus basique au plus abouti.

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Rédaction Juliette Sebille

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Made in France PV - Sept.2020

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